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Points clés à retenir
- Taux réduit : 15 % sur les premiers 42 500 € de bénéfice imposable pour les PME éligibles.
- Trois conditions cumulatives : CA HT < 10 M€, capital entièrement libéré, détention à 75 % par des personnes physiques.
- Nouveauté 2026 : arrêt du Conseil d’État du 13 mars 2025 imposant la consolidation du CA pour les groupes.
- Régularisation possible sans pénalité jusqu’au 20 mai 2026 via déclaration rectificative.
1. Taux réduit d’IS 2026 : principe et taux actuels
Saviez-vous qu’une PME réalisant 60 000 € de bénéfice peut économiser jusqu’à 4 250 € d’impôt sur les sociétés grâce au taux réduit de 15 % ? Cette économie, pourtant substantielle, reste méconnue de nombreux dirigeants. En 2026, le taux réduit d’impôt sur les sociétés (IS) est maintenu à 15 % pour la fraction du bénéfice imposable n’excédant pas 42 500 €. Au-delà, le taux normal de 25 % s’applique. Aucun taux intermédiaire n’existe depuis le 1er janvier 2022 – les anciens taux de 33 1/3 %, 28 % ou 26,5 % ont été définitivement supprimés.
Rappel des taux applicables en 2026
Le Code général des impôts (article 219, I‑b) fixe deux taux :
- Taux réduit : 15 % sur la tranche de bénéfice ≤ 42 500 €, sous réserve de remplir les conditions.
- Taux normal : 25 % sur la totalité du bénéfice (si non‑éligible) ou sur la fraction excédant 42 500 €.
À droit constant, ces taux s’appliquent sans changement pour les exerc ouverts à compter du 1er janvier 2026. Le taux réduit constitue un avantage fiscal réservé aux petites et moyennes entreprises. Il convient de distinguer le bénéfice comptable du résultat fiscal : seuls les bénéfices imposables après réintégrations et déductions entrent dans le calcul.
Économie d’impôt maximale
Sur les 42 500 € de bénéfice imposable, l’IS au taux réduit s’élève à 6 375 € (42 500 × 15 %). Sans le taux réduit, la même somme aurait été taxée à 25 %, soit 10 625 €. L’économie maximale atteint donc 4 250 € par exercice. Une somme non négligeable pour une TPE.
Ce mécanisme profite aux sociétés qui respectent scrupuleusement les trois conditions d’éligibilité détaillées ci‑après. Nombre d’entreprises s’en privent faute d’avoir vérifié un point simple comme la libération du capital ou le seuil de détention.

À savoir : les anciens taux intermédiaires (33 1/3 %, 28 %, 26,5 %) ont été supprimés définitivement au 1er janvier 2022. Depuis, seuls les deux taux (réduit et normal) existent.
2. Les 3 conditions d’éligibilité détaillées
Pour bénéficier du taux réduit d’IS, une société doit remplir trois conditions cumulatives pendant tout l’exercice concerné. La jurisprudence est claire sur ce point : le non‑respect d’une seule condition entraîne la perte de l’avantage pour l’ensemble de l’exercice. Voici chacune expliquée avec les pièges à éviter.
Condition n°1 : chiffre d’affaires inférieur à 10 millions d’euros
Le chiffre d’affaires hors taxes (CA HT) de l’exercice considéré ne doit pas dépasser 10 M€. Ce seuil s’apprécie sur l’exercice en cours, et non sur le précédent. Pour un exercice de douze mois, le montant est celui qui figure au compte de résultat (hors taxes).
Piège à éviter : les produits financiers ou exceptionnels ne font pas partie du CA. Seuls les ventes de biens et prestations de services (comptes 70) sont retenues. Une erreur fréquente consiste à inclure des subventions ou des reprises sur provisions, ce qui fausse le calcul.
Condition n°2 : capital social entièrement libéré
Le capital social doit être intégralement libéré à la clôture de l’exercice. La libération peut être intervenue en cours d’exercice, dès lors qu’elle est effective avant la date de clôture. Cette condition soulève un enjeu souvent sous‑estimé : si un seul associé n’a pas libéré ses apports, la société perd le bénéfice du taux réduit pour tout l’exercice.
Question fréquente : « Mon capital n’est pas encore libéré, puis‑je quand même bénéficier du taux réduit ? » Non, la condition doit être satisfaite à la clôture. Une régularisation en cours d’exercice est possible, mais elle doit être effective – un simple engagement ne suffit pas.
Condition n°3 : détention du capital à 75 % par des personnes physiques
Au moins 75 % du capital (droits de vote et droits financiers) doit être détenu, de manière continue pendant l’exercice, par des personnes physiques ou par des sociétés qui remplissent elles‑mêmes les trois conditions. Autrement dit, si une personne morale qui n’est pas éligible détient plus de 25 %, la condition n’est pas remplie.
Piège à éviter : lorsque le capital est détenu par une holding dont le propre capital n’est pas libéré ou qui dépasse le seuil de CA, la détention indirecte fait échouer la condition. Ce point est souvent négligé dans les groupes familiaux.
| Condition | Détail | Piège à éviter |
|---|---|---|
| CA HT < 10 M€ | CA de l’exercice en cours, HT, hors produits exceptionnels | Inclure des subventions ou produits financiers |
| Capital entièrement libéré | Libération effective avant la clôture | Un seul associé non‑libéré = perte du taux réduit |
| Détention à 75 % personnes physiques | Détention continue sur l’exercice ; personnes morales éligibles acceptées | Holding non‑éligible > 25 % |
Ces conditions sont cumulatives et doivent être appréciées sur l’ensemble de l’exercice. Un contrôle fiscal ciblé vérifie souvent ces points. Sur le plan pratique, il est prudent de constituer un dossier justificatif (extrait K‑bis, attestation de libération, liste des associés).
3. Le calcul de l’IS au taux réduit étape par étape
Le calcul de l’IS avec le taux réduit suit une mécanique simple mais précise. Voici les étapes à respecter, avec deux exemples concrets.
- Étape 1 : Déterminer le bénéfice imposable (résultat fiscal après réintégrations et déductions).
- Étape 2 : Appliquer le taux réduit de 15 % sur la tranche n’excédant pas 42 500 € (ou le plafond proratisé).
- Étape 3 : Appliquer le taux normal de 25 % sur l’excédent.
Exemple : bénéfice de 60 000 €
Prenons une PME éligible réalisant un bénéfice imposable de 60 000 €.
- IS sur la tranche à 15 % : 42 500 € × 15 % = 6 375 €.
- IS sur le solde : (60 000 € – 42 500 €) × 25 % = 17 500 € × 25 % = 4 375 €.
- IS total dû : 6 375 € + 4 375 € = 10 750 €.
- Économie par rapport au taux normal pur : sans taux réduit, l’IS serait de 60 000 € × 25 % = 15 000 €, soit une économie de 4 250 €.
Calcul pour un bénéfice de 200 000 €
Pour un bénéfice de 200 000 € :
- Tranche à 15 % : 42 500 € × 15 % = 6 375 €.
- Solde à 25 % : (200 000 € – 42 500 €) × 25 % = 157 500 € × 25 % = 39 375 €.
- IS total dû : 45 750 €.
- Économie toujours de 4 250 € par rapport à un IS à 25 % intégral (50 000 €).
Ce résultat souligne l’intérêt de vérifier chaque année son éligibilité : l’économie est constante quelle que soit la taille du bénéfice, du moment qu’il dépasse 42 500 €.

4. Cas particulier : exercice comptable court ou long
Le plafond de 42 500 € est prévu pour un exercice de douze mois. Si l’exercice est d’une durée différente, ce plafond doit être proratisé. La formule retenue est la suivante :
Plafond proratisé = 42 500 € × (nombre de mois de l’exercice / 12) ou (nombre de jours / 360 si calcul en jours).
Calcul du plafond pour un exercice de 6 mois
Exemple : une société créée le 1er juillet 2025 clôture son premier exercice le 31 décembre 2025 (6 mois). Le plafond est de 42 500 € × (6/12) = 21 250 €. Le taux réduit de 15 % s’applique donc sur les premiers 21 250 € de bénéfice imposable. Au‑delà, le taux normal de 25 % s’applique.
Une anecdote : une start‑up créée en cours d’année avait omis de proratiser et déclaré 42 500 € de bénéfice imposable comme plafond. Elle a payé un IS réduit indûment sur 21 250 € supplémentaires. L’expert‑comptable a rectifié lors de la déclaration suivante, mais avec des intérêts de retard évités de justesse grâce à une régularisation spontanée.
Calcul du plafond pour un exercice de 18 mois
Pour un exercice de 18 mois (cas fréquent lors d’un changement de date de clôture), le plafond est multiplié par 18/12 = 1,5, soit 42 500 € × 1,5 = 63 750 €. Le taux réduit s’applique sur les premiers 63 750 € de bénéfice. Au‑delà, le taux normal de 25 % s’applique. Ce calcul permet de ne pas pénaliser les sociétés ayant un exercice long.
Sur le plan pratique, il convient de distinguer la durée de l’exercice de celle de l’exploitation : le prorata ne s’applique qu’au plafond, pas au taux. Il est calculé sur la durée réelle de l’exercice, exprimée en mois ou en jours selon la méthode choisie par l’entreprise (principe de libre choix, mais une fois retenue, elle doit être constante pour les exercices suivants).
5. Changement majeur 2026 : le chiffre d’affaires consolidé pour les groupes
L’un des changements les plus significatifs de l’année 2026 est l’application de l’arrêt du Conseil d’État du 13 mars 2025 (n° 481538). Cette décision concerne les groupes de sociétés et précise que le seuil de chiffre d’affaires de 10 M€ doit être apprécié au niveau de l’ensemble du groupe économique, même en l’absence d’intégration fiscale.
L’arrêt du Conseil d’État du 13 mars 2025
Jusqu’à cette décision, une filiale pouvait bénéficier du taux réduit d’IS si elle respectait seule les conditions, même si le groupe réalisait un chiffre d’affaires consolidé bien supérieur à 10 M€. Le Conseil d’État a jugé que cette interprétation conduisait à une distorsion de concurrence et à un contournement des règles européennes sur les aides d’État. Désormais, pour une société appartenant à un groupe (notion large incluant les liens de contrôle et d’influence dominante), le seuil de 10 M€ s’apprécie en consolidant les CA de l’ensemble des sociétés liées.
Sur le plan pratique, cette question soulève un enjeu souvent sous‑estimé : les groupes non intégrés fiscalement, qui pensaient échapper à cette consolidation, sont désormais concernés. La jurisprudence est claire sur ce point : la notion de groupe n’est pas limitée au périmètre d’intégration fiscale (article 223 A du CGI).
Impact sur les groupes non intégrés fiscalement
Prenons l’exemple d’une holding familiale (non intégrée fiscalement) détenant 80 % du capital de trois filiales dont le CA individuel est de 4 M€, 3 M€ et 5 M€. Chaque filiale respecte seule le seuil de 10 M€, mais le CA consolidé du groupe s’élève à 12 M€. D’après l’arrêt de mars 2025, aucune des filiales ne peut bénéficier du taux réduit.
Attention : cette position a un effet rétroactif potentiel. Selon l’administration fiscale (actualité du 14 avril 2026), toute société ayant bénéficié du taux réduit à tort doit régulariser spontanément. Une procédure simplifiée est ouverte jusqu’au 20 mai 2026 (voir section suivante).
6. Régularisation avant le 20 mai 2026 : marche à suivre
L’administration a accordé un délai exceptionnel de régularisation spontanée pour les sociétés de groupe qui ont indûment bénéficié du taux réduit d’IS avant que l’arrêt du Conseil d’État ne soit connu. Cette mesure de tolérance permet d’éviter les pénalités et intérêts de retard si la déclaration rectificative est déposée avant le 20 mai 2026.
Qui est concerné ?
Sont concernées les sociétés qui, lors d’un exercice clos à compter du 1er janvier 2022, ont appliqué le taux réduit sans avoir vérifié le CA consolidé du groupe au regard de la nouvelle jurisprudence. La régularisation porte sur les seuls exercices non prescrits pour lesquels le taux réduit a été utilisé à tort.
Documents à fournir
- Déclaration rectificative n° 2065 (version papier ou en ligne via l’espace professionnel).
- Un calcul détaillé du chiffre d’affaires consolidé du groupe pour chaque exercice concerné.
- Un état des sociétés liées et du pourcentage de détention.
Échéance et avantages de la régularisation spontanée
Le dépôt doit intervenir au plus tard le 20 mai 2026. Passé ce délai, l’administration pourra appliquer l’intérêt de retard (0,20 % par mois) et la majoration de 10 % pour défaut de déclaration. En revanche, pour les déclarations rectificatives spontanées déposées avant cette date, aucun intérêt de retard ni aucune pénalité ne seront appliqués, conformément à la doctrine administrative (BOI‑CF‑INF‑10‑10‑20).
- Étape 1 : Vérifier son éligibilité rétroactive en consolidant le CA du groupe pour chaque exercice clos depuis 2022.
- Étape 2 : Préparer les calculs de CA consolidé et la liste des sociétés liées.
- Étape 3 : Déposer la déclaration rectificative via le compte fiscal en ligne (espace professionnel) avant le 20 mai 2026.
La régularisation spontanée est un geste apprécié par l’administration et évite un redressement fiscal lourd. Avant de signer, il faut mesurer l’enjeu : une PME de groupe non éligible qui a économisé 4 250 € par an pendant trois exercices devra rembourser 12 750 €, mais sans amende.
7. Exemples concrets d’économie d’impôt
Pour illustrer l’impact concret du taux réduit, voici trois cas pratiques chiffrés. Chaque cas permet de visualiser l’avantage fiscal du taux réduit d’impôt sur les sociétés et les conséquences des nouvelles règles.
Cas n°1 : PME classique
Une SAS indépendante réalise un bénéfice imposable de 60 000 €. Conditions d’éligibilité remplies. Calcul : IS = (42 500 € × 15 %) + (17 500 € × 25 %) = 6 375 € + 4 375 € = 10 750 €. Sans taux réduit : 60 000 € × 25 % = 15 000 €. Économie réalisée : 4 250 €. Selon L‑Expert‑Comptable.com (2026), cette économie représente 7 % du bénéfice net.
Cas n°2 : filiale d’un groupe non éligible
Une filiale détenue à 100 % par une holding ayant un CA consolidé de 12 M€. Son bénéfice individuel est de 80 000 €. Avant l’arrêt du Conseil d’État, elle pouvait bénéficier du taux réduit. Désormais, elle est exclue. Son IS s’élève à 80 000 € × 25 % = 20 000 €, soit 2 350 € de plus que si elle avait eu droit au taux réduit (IS théorique avec taux réduit : 42 500 €×15 % + 37 500 €×25 % = 6 375 € + 9 375 € = 15 750 €). La perte d’économie est de 4 250 €.
Cas n°3 : exercice de 9 mois
Une EURL créée le 1er avril 2026 clôt son premier exercice le 31 décembre 2026 (9 mois). Bénéfice imposable : 30 000 €. Plafond proratisé = 42 500 € × (9/12) = 31 875 €. Le bénéfice de 30 000 € étant inférieur à 31 875 €, la totalité est taxée à 15 % : IS = 30 000 € × 15 % = 4 500 € (au lieu de 7 500 € à 25 %). Économie : 3 000 €.
| Bénéfice imposable | IS avec taux réduit | IS au taux normal seul | Économie |
|---|---|---|---|
| 60 000 € (exercice 12 mois) | 10 750 € | 15 000 € | 4 250 € |
| 30 000 € (exercice 9 mois) | 4 500 € | 7 500 € | 3 000 € |
| 80 000 € (groupe non éligible) | 20 000 € (taux normal) | – | 0 € (perte d’économie de 4 250 €) |
Questions fréquentes
Quel est le taux réduit d’IS en 2026 ?
Le taux réduit est de 15 % sur les premiers 42 500 € de bénéfice imposable pour les PME éligibles. Au‑delà, le taux normal de 25 % s’applique.
Quelles sont les 3 conditions pour bénéficier du taux réduit d’IS ?
Il faut un chiffre d’affaires HT inférieur à 10 M€, un capital social entièrement libéré à la clôture, et un capital détenu à 75 % au moins par des personnes physiques (ou sociétés remplissant les mêmes conditions).
Le plafond de 42 500 € est‑il modifié pour un premier exercice court ?
Oui, le plafond est proratisé en fonction de la durée de l’exercice. Par exemple, pour un exercice de 6 mois, le plafond est de 21 250 €.
Que change l’arrêt du Conseil d’État du 13 mars 2025 ?
Le Conseil d’État impose désormais de consolider le chiffre d’affaires au niveau de l’ensemble du groupe économique pour apprécier le seuil de 10 M€, y compris pour les groupes non intégrés fiscalement.
Comment régulariser si mon groupe a bénéficié à tort du taux réduit d’IS ?
Vous devez déposer une déclaration rectificative avant le 20 mai 2026 via votre espace professionnel. Aucune pénalité ni intérêt de retard ne seront appliqués pour les régularisations spontanées.
Quel est le taux normal de l’IS en 2026 ?
Le taux normal de l’impôt sur les sociétés est de 25 % pour toutes les entreprises, quel que soit leur chiffre d’affaires.
Les associations imposables à l’IS peuvent‑elles bénéficier du taux réduit ?
Oui, les associations passibles de l’IS peuvent prétendre au taux réduit si elles remplissent les trois conditions (CA < 10 M€, capital libéré, détention à 75 % par des personnes physiques).
Conclusion
Le taux réduit d’IS à 15 % offre une économie d’impôt récurrente et immédiate aux PME qui respectent les trois conditions cumulatives. Pour les groupes, l’arrêt du Conseil d’État du 13 mars 2025 a rebattu les cartes : le chiffre d’affaires doit être consolidé, et une régularisation spontanée est encore possible sans pénalité jusqu’au 20 mai 2026.
Avant de boucler votre déclaration d’IS, vérifiez vos conditions d’éligibilité : un simple contrôle peut transformer votre facture fiscale. L’avantage fiscal du taux réduit d’impôt sur les sociétés n’est pas un droit acquis – il se gagne par une vigilance documentaire et juridique.

Conseiller juridique indépendant, Alessandro Inglese Marin décrypte le droit des entreprises, la fiscalité et le droit civil pour ceux qui ont besoin de comprendre avant de décider. Formé à Paris et Madrid, il traduit la complexité juridique en analyses directement actionnables.