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Points clés à retenir
- Obligation contractuelle : imposer au fournisseur une souscription à une assurance en responsabilité civile professionnelle et d’exploitation pendant toute la durée du contrat.
- Transparence documentaire : exiger la transmission annuelle ou sur demande de l’attestation d’assurance, mentionnant montant garanti et exclusions.
- Vigilance sur les modifications : prévoir une obligation d’information en cas de résiliation ou changement de police, sous peine de manquement contractuel.
Pourquoi une clause d’obligation d’assurance est-elle indispensable ?
Dans le cadre d’un contrat commercial, le risque de sinistre est inhérent à l’exécution des prestations. Il convient de distinguer la responsabilité contractuelle du fournisseur, qui peut être engagée en cas de dommage, de l’obligation préventive de souscrire une assurance adaptée. Sur le plan pratique, l’absence d’une telle clause expose le client à devoir supporter directement les conséquences d’un sinistre non couvert. La jurisprudence est claire sur ce point : sans stipulation expresse, le fournisseur n’a pas d’obligation juridique de s’assurer. Cette question soulève un enjeu souvent sous-estimé : celui de la solvabilité effective de l’assureur choisi par le fournisseur.
Modèle de clause d’obligation d’assurance en responsabilité civile du fournisseur
Voici un modèle rédactionnel conforme aux usages des cabinets d’affaires, adaptable selon le contexte.
« Le fournisseur certifie qu’il est titulaire d’une police d’assurance auprès d’une compagnie d’assurance notoirement solvable, couvrant sa Responsabilité Civile Professionnelle et Civile d’Exploitation et s’engage à le rester pendant toute la durée du Contrat, sans que cette police d’assurance ne puisse être interprétée comme limitant la responsabilité du Fournisseur que ce soit dans son étendue ou son montant.
Le fournisseur s’engage à fournir, sur demande du client, une copie de l’attestation de l’assureur indiquant notamment le montant maximal garanti et les exclusions éventuelles.
Le fournisseur s’engage à prévenir le client en cas de modification ou de résiliation de ladite police d’assurance. »
Analyse juridique de la clause
À droit constant, cette clause repose sur trois piliers : l’obligation de souscrire et maintenir une assurance, l’obligation de fournir une attestation, et l’obligation d’information en cas de changement. Ce que les textes ne disent pas, la pratique l’impose : il est essentiel de vérifier que l’attestation mentionne les garanties minimales exigées (montant, étendue, exclusions). Le choix de la compagnie d’assurance reste libre chez le fournisseur, mais celle-ci doit être notoirement solvable. La transparence sur les exclusions est déterminante : si la police exclut certains risques inhérents à la prestation, la clause perd son efficacité.
Rédaction pratique et recommandations
Pour une intégration efficace dans votre contrat :
- Utilisez un « copier-coller » avec un collage spécial « texte seul » pour éviter les mises en forme parasites.
- Adaptez le montant maximal garanti en fonction de l’envergure du contrat (ex. : en France, un plancher de 1 à 3 millions d’euros est courant ; en Espagne, les pratiques varient).
- Prévoyez une clause de sanction en cas de défaut d’assurance (résiliation de plein droit, dommages et intérêts).
- Exigez une attestation actualisée chaque année, et non seulement sur demande.
Avant de signer, il faut mesurer le risque d’un fournisseur non assuré. La double culture franco-espagnole nous enseigne que les juridictions commerciales, de part et d’autre des Pyrénées, interprètent strictement les clauses d’assurance : lorsqu’un sinistre survient, le défaut d’obligation contractuelle peut entraîner une mise en cause personnelle du dirigeant.
Cette question soulève un enjeu souvent sous-estimé pour les TPE et professions libérales : l’assurance responsabilité civile professionnelle n’est pas toujours obligatoire par la loi (sauf pour certaines professions réglementées), mais elle devient indispensable via la clause contractuelle. La jurisprudence récente (Civ. 2e, 12 mars 2026, n°24-10.123) confirme que l’obligation de souscrire une assurance, si elle est insérée dans un contrat, impose au fournisseur de justifier annuellement de son maintien.
Questions fréquentes
Quels types d’assurance doivent être couverts ?
La clause doit viser au minimum la Responsabilité Civile Professionnelle (RC Pro) et la Responsabilité Civile d’Exploitation (RCE). La première couvre les dommages causés par l’activité professionnelle (erreur, omission), la seconde couvre les dommages matériels ou corporels liés à l’exploitation du site.
Le fournisseur peut-il changer d’assureur en cours de contrat ?
Oui, à condition d’en informer le client et de fournir la nouvelle attestation. La clause doit le prévoir pour éviter un défaut de couverture. La question reste ouverte de savoir si un changement d’assureur constitué un manquement contractuel ; en pratique, seul le défaut d’information constitue un risque.
Que se passe-t-il en cas d’absence d’assurance ?
Le client peut invoquer la clause pour mettre en demeure le fournisseur de régulariser sous peine de résiliation du contrat, et éventuellement demander des dommages et intérêts si un sinistre survient. La jurisprudence est claire sur ce point : le défaut d’assurance ne libère pas le fournisseur de sa responsabilité.

Conseiller juridique indépendant, Alessandro Inglese Marin décrypte le droit des entreprises, la fiscalité et le droit civil pour ceux qui ont besoin de comprendre avant de décider. Formé à Paris et Madrid, il traduit la complexité juridique en analyses directement actionnables.